"Réjouis-toi" sa grâce ?

La Grâce de la fondation de REJOUIS-TOI - (Extraits)
Michel Santier, Pontmain, Décembre 2001
I - ACCUEILLIR LA JOIE
Pour moi, la racine c’est l’expérience spirituelle de l’effusion de l’Esprit. Cette expérience, je l’ai vécue à Rome, au séminaire français, le 7 décembre 1973, quelques mois, donc, après mon ordination sacerdotale, puisque j’ai été ordonné le 7 juillet 1973. [...]
L’évangile de la fête de l’Immaculée Conception (8 décembre) est l’évangile de l’Annonciation, et c’est en plein temps de l’Avent. Il commence par la salutation de l’ange à Marie, que nous connaissons par cœur : « Réjouis-Toi, Marie, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ». La première salutation faite à Marie est un appel à la joie. Elle nous montre tout de suite où est la joie, que la source de la joie est en Dieu. La joie ne se fabrique pas. On peut vivre des moments de joie profonde, mais vivre de la joie, vivre dans la joie, cela s’accueille comme un don.
Ce qui me paraît important dans la fondation, c’est vraiment d’accueillir la joie de Dieu. En Galates 5, après ce que produit la chair, il est parlé du fruit de l’Esprit, au singulier ; il est « amour, joie, patience, maîtrise de soi ». La joie donc est un fruit de l’Esprit. [...]
La joie de Dieu, c’est de se communiquer à l’homme, de se donner à l’homme. [...]
Ce qui est annoncé à Marie, et à tout le peuple de Dieu qu’elle représente, c’est que Dieu va venir visiter son peuple. Dieu est dans la joie de donner son fils au monde. En donnant son fils au monde, Dieu donne la joie au monde. Il la donne en Marie, celle qui a su accueillir en plénitude la joie de Dieu, puisqu’elle a porté en elle le Fils de Dieu, Jésus, la Parole de Dieu faite chair. [...]
Cet appel à la joie est vraiment très fort, ce « Réjouissez-vous dans le Seigneur » ! Qu’est-ce qui peut faire que nous vivions dans cette joie ? Hé bien, plus j’y réfléchis, plus je pense qu’elle s’enracine en chacun de nous dans la joie de notre baptême, dans la joie d’être enfant de Dieu. Cette joie baptismale d’être enfant de Dieu, fils et filles bien-aimés de Dieu, nous a été redonnée, réactualisée par la grâce de l’effusion de l’Esprit. Il y a beaucoup de chrétiens qui sont en recherche d’identité et qui ne savent plus très bien où ils en sont et où ils vont. Ce que nous avons à leur faire découvrir, c’est effectivement la grâce et la joie de leur baptême. [...]

II - VIVRE ET PARTAGER LA JOIE EN COMMUNAUTE
Le deuxième point, c’est de vivre et partager la joie en communauté. Dans sa lettre aux Philippiens (2,2-6), Paul leur dit : « Mettez le comble à ma joie par l’accord de vos sentiments ; ayez entre vous le même amour, une seule âme, un seul sentiment ; n’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun, par l’humilité, estime les autres supérieurs à soi ; ne recherchez pas vos propres intérêts, mais que plutôt chacun songe à ceux des autres, et ayez entre vous les mêmes sentiments que ceux qui furent dans le Christ Jésus ».
Si donc nous accueillons le don de Dieu, la joie de Dieu, c’est pour la partager. Puiser à la joie de Dieu, c’est comme puiser l’eau à la fontaine. Nous ne pouvons la retenir dans nos mains, mais seulement la goûter ; et l’eau coule à flots et la joie ne continuera à jaillir que si nous la partageons entre frères. L’insistance de Paul mettait un comble à ma joie, en m’invitant à l’amour fraternel dans la vie communautaire. [...]
J’ai été très marqué, et ce fut pour moi une très forte motion de l’Esprit, par un enseignement donné dans la communauté américaine par le vice-président de la fraternité internationale des catholiques des communautés en lien avec le conseil pontifical des laïcs. Il avait dit : « Une communauté naît quand des frères se donnent au Seigneur et les uns aux autres ». C’est cela qui a déclenché en moi l’appel communautaire. Cet appel, je ne l’avais pas avant. [...] C’est donc là que j’ai effectivement, reçu cet appel, que j’ai assez vite partagé avec Yvonne. Nous l’avons ensuite partagé avec Colette et Joseph, qui faisaient partie du groupe de prière de Coutances. Nous avons été ainsi amenés à vivre tout cela le 5 novembre 1977, en nous appuyant sur cette expérience que nous avions partagée. Et nous avons bien prié sur ces paroles que nous avions reçues : « Jésus a donné sa vie pour nous ; de même nous devons donner notre vie pour nos frères ».
Vous voyez bien, à l’expérience de vos groupes de prière, où se vit le combat : notre combat, c’est l’amour fraternel. [...]. C’est le combat de l’Eglise, dans toutes les paroisses, dans un conseil presbytéral, dans toute communauté [...] Le combat est bien celui de l’amour fraternel, qui va jusqu’à se donner à l’autre ou à l’Eglise ; sinon, on reste à la périphérie de la communauté. Il faut passer de « la communauté pour moi » à « la communauté pour les frères ». Il faut vivre ce décentrement comme Jésus, lui qui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté.
Dans la vie fraternelle, la vocation profonde que chacun porte en lui s’épanouit pleinement ; c’est une grâce profonde de la communauté. La joie de la vie fraternelle fait que chacun peut aller jusqu’au bout de sa vocation et l’accueillir plus facilement. S’il y a une grâce des communautés nouvelles, c’est bien d’avoir été un peu le laboratoire expérimental des intuitions de Vatican II sur le peuple de Dieu. [...] A mon avis, cette communauté du peuple de Dieu fraternel, où on se soutient les uns les autres, où les vocations sont complémentaires, constitue un terrain fécond en vocations pour le service du corps, le corps de la communauté, mais surtout le corps qu’est l’Eglise.

III – DONNER LA JOIE
[...]Jésus n’a pu donner la joie au monde qu’en donnant sa vie et en devenant le serviteur de tous. Il est sorti de Dieu et s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté. Il est allé jusqu’à la mort par amour, dans un don total. Il n’y a pas dans l’Eglise de chemin de fécondité sans ce passage par le service, comme Jésus qui a aimé les siens jusqu’à l’extrême, qui a donné sa vie. [...]
Dès le départ, la communauté Réjouis-Toi s’est définie comme une communauté de prière dans la grâce du Renouveau, une grâce de vie fraternelle, de partage et de prière au service de l’évangélisation dans l’Eglise diocésaine. [...] Nos communautés doivent être des écoles de communion, comme le dit le pape Jean-Paul II, « des écoles d’amour de l’Eglise ».
L’amour de l’Eglise nous conduit à la servir de fait, non comme une Eglise de rêve et idéale, mais comme une Eglise que je connais comme une vieille femme, dont je connais les rides, les limites, les faiblesses, mais que j’aime parce qu’elle m’a engendré et m’a porté ; elle m’a donné la vie et m’a conduit sur le chemin. Ce que je désire, c’est que votre communauté soit vraiment un lieu d’amour de l’Eglise.
Je pense que la communauté Réjouis-Toi continuera à rayonner et à témoigner de la joie si elle vit l’amour de l’Eglise et de ses frères, si les frères et sœurs vivent leur vocation et sont là où ils sont appelés. Alors, quand nous nous retrouvons tous ensemble ici à Pontmain, de fait, la joie éclate comme elle a éclaté au cours de l’ordination du 23 septembre. Cela ne peut être fabriqué, c’est un don de Dieu, une grâce.
La communauté Réjouis-Toi est appelée à évangéliser par la joie. Vous en connaissez les conditions : la joie, c’est comme l’eau pure, c’est la simplicité, la limpidité. Mais il faut accepter que nos pauvres carcasses, nos pauvretés et nos misères soient purifiées par Jésus et nous unissent à Lui de plus en plus profondément. Il faut accepter tout cela.
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